[Intro]
[Un piano joue deux accords espacés; la grosse caisse bat comme un moniteur cardiaque.]

[Verse 1]
J’ai lavé mes mains jusqu’à perdre leur odeur,
Le savon n’efface ni le sang ni la peur.
À cinq heures dix, le couloir devient bleu,
On baisse la voix pour ne pas réveiller ceux
Qui dorment sous des draps marqués d’un numéro,
Pendant qu’un brancard cherche un lit de trop.
Le café brûlé tient debout mon matin,
J’ai signé trois feuilles sans lâcher sa main.

[Refrain]
Ce sont les mains de l’aube, les mains sans repos,
Celles qui tiennent un souffle quand les chiffres disent trop.
Ce sont les mains de l’aube, fendues par le froid,
Elles soignent la République — qui soignera leurs doigts ?

[Verse 2]
Dans la petite cuisine, un vieux poste grésille,
Un ministre parle de maîtrise et de grille.
Il dit « effort commun », « trajectoire », « raison »,
Je compte les seringues dans un tiroir sans fond.
Ma collègue dort contre un casier de fer,
Son badge sur sa poitrine monte avec sa colère.
On nous applaudit loin, on nous réduit tout près,
Les beaux discours n’ont jamais fait un lit prêt.

[Refrain]
Ce sont les mains de l’aube, les mains sans repos,
Celles qui tiennent un souffle quand les chiffres disent trop.
Ce sont les mains de l’aube, fendues par le froid,
Elles soignent la République — qui soignera leurs doigts ?

[Instrumental Break]
[Le piano se tait; basse arquée, souffle de ventilation et motif d’harmonium restent seuls.]

[Bridge]
[Duo: Marianne / Inès]
[Marianne]
« Que puis-je te promettre ? »
[Inès]
« Ne promets rien. Prends ce chariot.
Regarde les numéros, écoute les familles;
Dis qu’un budget a des mains, un visage et des jours. »

[Build-up]
Marianne saisit le métal refroidi,
Une roue grince fort dans le couloir blanchi.
Au premier virage, elle comprend le poids
D’un pays qu’on déplace sans lui demander pourquoi.

[Final Chorus]
Ce sont les mains de l’aube, nos mains sans repos,
Celles qui gardent un nom quand les colonnes disent trop.
Ce sont les mains de l’aube, abîmées mais debout,
Elles portent la République quand elle oublie jusqu’à nous.
Marianne relève enfin la voix :
« Celles qui soignent décideront avec moi. »

[Outro]
Inès sort sous la bruine, son manteau mal fermé.
Le soleil ne se lève pas, il commence à travailler.
Sur ses doigts crevassés, Marianne voit sans détour
Les lignes d’un pays qui doit changer de jour.
